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Rebâtir Scotty Creek: pas de temps à perdre

La Première Nation Łı́ ı́ dlı̨ ı̨ Kųę́ ́ et des membres de la communauté scientifique se démènent pour que reprennent rapidement les recherches sur les changements climatiques à la station Scotty Creek, dévastée par un feu de forêt cet automne.


La station de recherche Scotty Creek a lourdement été endommagée par un feu de forêt. (Courtoisie Mason Domenico)


Lorsque la Première Nation Łı́ ı́ dlı̨ ı̨ Kųę́ ́ a pris le leadeurship, en aout, de la station de recherche Scotty Creek, installée à quelque 50 km de Fort Simpson pour y étudier les changements climatiques et les conséquences du dégel du pergélisol, elle ne s’attendait pas à commencer avec un défi aussi titanesque : un feu de forêt l’a dévastée, mi-octobre. «Ç’a été un coup de massue, dit Dieter Cazon, gestionnaire des terres et des ressources de la Première Nation lors d’une entrevue Zoom, mais on ne doit pas se laisser abattre. Les recherches qui y sont réalisées ne sont pas juste importantes pour les Territoires du Nord-Ouest, mais pour la planète. On doit rebâtir. Et vite. »


Avant que le bail de Scotty Creek ne soit transféré à la Première Nation, en aout, il était au nom de William Quinton, directeur de la station et professeur au département de géographie et d’études environnementales de l’Université Wilfrid-Laurier. C’est lui qui a amorcé les recherches à Scotty Creek dans les années 1990. Sollicité par Médias ténois, il a écrit préférer reporter notre demande d’entrevue, le temps que l’avenir de la station, « un peu incertain », se précise.


Des abris robustes et des remises, servant de laboratoire, d’hébergement ou d’entrepôt, ainsi que du matériel de recherche, ont été réduits en cendres. Des panneaux solaires ont brulé, des bonbonnes de propane ont explosé et des kilomètres de géogrilles recouvrant les sentiers, une sorte de tapis en plastique troué qui diminue l’impact sur le milieu, ont été détruits, énumère Dieter Cazon.


« On travaille avec les chercheurs pour identifier des sources de financement pour tout remplacer et prioriser ce qui doit l’être en premier, dit-il. Plusieurs groupes veulent aider. »


« Rendre le site sécuritaire est l’une de nos priorités», continue le gestionnaire des terres et des ressources, en mentionnant les arbres brulés qui menacent de tomber. Quelques allers-retours en octobre ont permis à des employés de sauver ce qui était récupérable, d’empiler des déchets et de commencer le nettoyage.


La tour de covariance, après le passage du feu de forêt. (Courtoisie Mason Domenico)

« Une occasion unique pour la science »

L’incendie a aussi endommagé l’une des dix tours de covariance des turbulences installées aux Territoires du NordOuest. Cette tour de quinze mètres enregistrait ce qui se trame dans l’écosystème où elle trône depuis 2014 en mesurant les échanges nets de vapeur d’eau, de gaz carbonique et de méthane, ce qui permet d’observer les changements climatiques.


Le professeur agrégé du département de géographie de l’Université de Montréal, Oliver Sonnentag, a lui-même installé cette tour. Il se dit triste, mais surtout… excité ! « L’endroit est dévasté, certes, mais c’est une occasion unique pour la science d’observer les impacts d’un feu sur le pergélisol », s’exclame-til. La tour a mesuré jusqu’au 10 octobre à 13 h, lorsque le feu l’a atteinte. Les cartes mémoire, protégées dans l’enregistreur de données, ont pu être récupérées, intactes. « Idéalement, on reprend les mesures dès maintenant », dit le professeur.


Comme le processus normal pour remplacer la tour – faire le suivi avec les assurances, trouver 300 000 $ de financement, acheter les instruments – prendrait plus d’un an et demi, son équipe et lui ont cherché des solutions. Celle dénichée : l’institut américain Woodwell Climate Research Center a annoncé en avril dernier un projet de 41 millions de dollars américains qui vise à combler les lacunes de la surveillance des émissions de gaz à effet de serre provenant du dégel du pergélisol en modernisant et en installant de nouveaux équipements dans l’Arctique. « Ils ont déjà tous les instruments et ils sont prêts à nous les donner », dit Oliver Sonnentag.


Son équipe a pris le taureau par les cornes : ils ont acheté de l’échafaudage en Alberta, plus rapide à installer qu’une tour, ils ont obtenu les permis désormais nécessaires auprès de la Première Nation pour réaliser des projets à Scotty Creek, et les Américains ont envoyé leurs instruments à Hay River, détaille le professeur qui, la semaine dernière, avait des billets d’avion pour se rendre aux TNO.


Mais l’Université de Montréal n’a pas donné son feu vert. « Ils veulent d’abord régler des questions juridiques et de propriété intellectuelle, dit-il. Nous avons une organisation américaine qui veut donner des instruments, qui seront opérés par l’Université de Montréal sur des terres autochtones, sur un site de recherche qui a un nouveau leadeurship. »


Le professeur a annulé ses billets d’avion. L’Université se penche sur le dossier, comme l’a indiqué sa porte-parole, Geneviève O’Meara, par courriel : « Notre chercheur semble bel et bien avoir les autorisations pour installer ses équipements. Cela dit, ces documents doivent être vérifiés et validés par différentes unités à l’Université. Ce processus demande un peu de temps, comme toutes les signatures d’ententes avec des partenaires. »


Le professeur Oliver Sonnentag espère que les questions légales se règleront rapidement afin que la tour soit en place à la mi-mars 2023. «C’est quand la neige fond, en avril, que la véritable action commence dans les échanges de gaz, en particulier le méthane. »


Objectif : 2024

Dieter Cazon, de la Première Nation Łı́ ı́ dlı̨ ı̨ Kųę́ ́ est prêt à accueillir Oliver Sonnentag et les autres personnes impliquées dans la reconstruction de la tour. La Première Nation a rapidement approuvé leurs demandes de permis, une nouvelle procédure mise en place au printemps dernier afin de sensibiliser chaque visiteur à l’importance de collaborer et d’interagir de manière positive et constructive avec la communauté autochtone.


« Lorsque quelqu’un se rend à Scotty Creek, rappelle Dieter Cazon, il ne va pas juste au milieu de la forêt boréale, il entre dans notre maison. »


La Première Nation s’affaire, également, à déterminer la meilleure manière d’apporter de l’équipement sur le site, difficile d’accès, et d’en ramener les déchets. L’un des scénarios consiste à profiter de l’hiver et de la neige pour faire des voyages à bord d’un véhicule spécialisé. L’autre option serait de tout transporter à bord d’un avion Twin Otter au début de l’été. « Après quoi, observe Dieter Cazon, on aura l’été pour amener des menuisiers et des électriciens pour rebâtir. »

Sur cette photo apparait la tour de covariance avant sa destruction par le feu de forêt dont on aperçoit le panache à l'horizon. (Courtoisie Joëlle Voglimacci-Stephanopoli)


Le gestionnaire des terres et des ressources espère que le site sera prêt pour accueillir les chercheurs à partir de 2024. « La plus grosse pilule à avaler, c’est qu’on va perdre une année complète de recherche, ce qui prive aussi les hôtels, les gites et les compagnies de vols nolisés à Fort Simpson de cette clientèle », dit-il.


La directrice générale de la Première Nation Łı́ ı́ dlı̨ ı̨ Kųę́ ́ , Liza McPherson, a d’ailleurs lancé une campagne de sociofinancement pour aider aux efforts de reconstruction.


« Tout le monde dans notre communauté comprend l’urgence d’agir, assure Dieter Cazon. Notre équipe est petite, mais forte. On boit du café et on va y arriver! »

​Une lutte à la hauteur?

Le ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles en a-t-il fait assez pour protéger la station de recherche Scotty Creek contre le feu de forêt ? Non, croit le gestionnaire des terres et des ressources de la Première Nation Łı́ ı́ dlı̨ ı̨ Kųę́ ́ , Dieter Cazon. Celui-ci se désole que le ministère n’ait pas été plus flexible. « Les conditions étaient parfaites pour un feu de forêt tardif, tout était si sec, c’était évident. Pourtant, ils s’en sont tenus aux procédures habituelles. Ils doivent s’adapter, car les changements climatiques nous réservent plein de surprises. »


« Combattre les incendies n’est pas aussi simple que d’ouvrir un tuyau et d’arroser », répond Mike Westwick, porte-parole du ministère, par courriel. Il rappelle que les vents extrêmes ne permettaient pas d’attaquer le feu directement et auraient mis le personnel en danger.


Fin septembre et début octobre, des équipes ont aménagé des frontières dépourvues de matériaux combustibles et installé des gicleurs. « Ce travail a permis de protéger la station contre le premier passage du feu de forêt », écrit le porte-parole. Les gicleurs ont été retirés le 13 octobre, car, à cause du gel, ils ne fonctionnaient plus. Le feu, poussé par le vent, a pris de l’ampleur et est revenu, dévastateur. Entre le 13 et le 17 octobre, une équipe de pompiers et un hélicoptère s’y sont rendus à plusieurs reprises pour limiter les dégâts, détaille-t-il, en précisant que l’hélicoptère peinait à ramasser de l’eau à cause de glace dans les lacs voisins.


« Lorsque nous luttons contre des incendies, il est très inhabituel que des températures glaciales soient à craindre, écrit Mike Westwick. Il s’agit d’un signe de la saison extraordinaire que nous avons connue. »


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