top of page
  • Instagram
  • Facebook
  • Twitter

La réconciliation, un billet à la fois


L’activiste et chanteuse de chants de gorge originaire du Nunavik, Shina Novalinga est l’une des effigies du projet Change The Bill initié par l’Association des femmes autochtones du Canada. (Capture d'écran)


L’Association des femmes autochtones du Canada (AFAC) a lancé le 20 janvier 2023 le projet appelé Change the bill (changer le billet de banque). Partant du constat qu’aucune personne autochtone n’a jamais été représentée sur un billet de banque canadien de manière permanente, ce projet artistique a pour but de célébrer la place et le travail des femmes autochtones dans la société canadienne.


La marginalisation et la sous-représentation des femmes autochtones persistent depuis trop longtemps selon Irene Goodwin, directrice des programmes en arts et culture à l’AFAC. Alors que le choix des personnalités qui ornent les billets de banque canadiens est un reflet de l’histoire du pays pour Mme Goodwin, elle estime qu’il est aujourd’hui primordial de mettre à l’honneur des femmes autochtones qui, par leur engagement, ont contribué à une société plus juste.


« On n’entend pas parler de ces femmes autochtones et de leurs contributions. Il est temps d’attirer l’attention sur ces femmes et sur la diversité des genres, » pense-t-elle.


Douze femmes autochtones artistes ont pris part à ce projet et ont réimaginé le billet de 20 $ avec pour effigie leur rôle-modèle. Rita Joe, poétesse Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse ou encore Elsie Knott, toute première femme à être élue chef d’une Première nation en 1954, sont quelques-unes des femmes importantes qui ont marqué l’histoire du pays et qui figurent sur ces billets à haute valeur symbolique.

La culture inuite célébrée

Ce projet a une grande importance pour Jasmine Chowace (Caffyn), artiste membre de la nation crie de Sturgeon Lake dans le nord de l’Alberta. Elle a choisi de représenter une jeune femme du Nord : Shina Novalinga. Activiste pratiquant le chant de gorge, Shina Novalinga est originaire du Nunavik et utilise les réseaux sociaux comme TiK Tok et Instagram pour parler de la culture inuite et déconstruire, par la même occasion, les clichés à l’encontre des Inuits et des peuples autochtones. Comptabilisant plus de 6 millions d’abonnés, Shina Novalinga est un modèle pour Jasmine Chowace qui admire son talent et la façon dont elle partage sa culture. Ses courtes vidéos ainsi que les messages véhiculés ont une résonance forte parmi la population canadienne d’après l’artiste.


Jasmine Chowace a apporté une attention particulière à la parka ainsi qu’à la fourrure que l’activiste porte sur le portrait. Les boucles d’oreilles perlées ainsi que la parure perlée en peau de phoque portée sur le front sont des éléments essentiels de sa création. À travers son dessin, Jasmine Chowace souhaite que le public prenne conscience de la puissante intégrité avec laquelle les femmes autochtones dirigent leur peuple et leur culture.


« Je pense qu’il est important que des artistes autochtones et des femmes autochtones prennent part à des projets comme celui-ci, car dans le passé nos voix ont toujours été mises de côté. Ce projet nous permet de partager nos histoires, notre art et je crois que les artistes ont un rôle à jouer dans la réconciliation, » explique-t-elle lors d’une entrevue.

La réconciliation à travers le regard des artistes

Dans le rapport final de l’enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées – appelé « Réclamer notre pouvoir et notre place » –, l’un des appels à la justice concerne l’ensemble de la population canadienne. Il est demandé à tous les Canadiens de « participer au processus de décolonisation en apprenant la véritable histoire du Canada et l’histoire des Autochtones dans leur région. Découvrir et célébrer l’histoire, les cultures, la fierté et la diversité des peuples autochtones, reconnaitre la terre sur laquelle on vit et son importance historique et actuelle pour les communautés autochtones locales. » C’est dans cette optique d’éducation et d’apprentissage que l’AFAC, à travers le projet artistique Change the bill, souhaite contribuer à une société plus équitable où la compréhension des cultures des peuples autochtones, des Inuit et des Métis est acquise par l’ensemble des Canadiens.


« Il ne s’agit pas seulement de mettre l’effigie d’une femme autochtone sur un billet de banque ; il s’agit de reconnaitre les contributions et la signification des femmes autochtones au Canada et de créer une société hautement inclusive. En sensibilisant les générations futures aux contributions des femmes autochtones et en faisant la promotion d’une compréhension approfondie de leur histoire, on contribue au développement d’une société plus juste et plus équitable pour toute la population canadienne », déclare Lynne Groulx, chef de la direction de l’AFAC dans un communiqué de presse du 23 janvier 2023.

Un visage autochtone pour le prochain billet de 5 $ ?

En 2020, la Banque du Canada a lancé un appel à candidatures et a invité les Canadiens à proposer des personnalités emblématiques du pays qu’ils souhaiteraient voir sur le prochain billet de 5 $. Parmi les 600 noms proposés, un comité consultatif indépendant a retenu huit personnalités. Sur cette liste restreinte, trois personnalités sont issues des Premières Nations et seulement une femme inuite, décédée en 1983, fait partie de cette sélection : Pitseolak Ashoona. Artiste autodidacte dont les dessins et les gravures ont été exposés dans le monde entier et font partie des collections de musées et de galeries dans tout le Canada, son art illustre la vie traditionnelle inuite semi-nomade de l’Arctique de l’Est. Il reviendra à la ministre des Finances de faire un choix final pour lequel aucune date de divulgation de la décision définitive n’a été confirmée à ce jour.

Comentários


bottom of page